Histoire de la Société Astronomique du Havre

Dès 1969, la presse havraise s’intéresse aux astronomes locaux pour l’évènement du passage de Mercure devant le Soleil qui devait avoir lieu le 9 mai 1970. De nombreux articles paraissent dans la presse locale, Le Havre Libre, Le Havre Presse et Paris Normandie incitant d’autres amateurs à se faire connaître.

Les pères fondateurs

L’appel est lancé par Raymond Durand, vite rejoint par Daniel Chalons, et Henri Renier. Tous les trois sont des astronomes amateurs autodidactes très motivés, ayant déjà en leur possession des instruments qu’ils ont réalisés eux mêmes.

L’idée de créer un club havrais d’astronomie germe et un sondage est diffusé dans la presse locale en mai 1971. Les amateurs sont suffisamment nombreux à répondre pour que cette idée soit concrétisée.

Appel aux astronomes intéressés, mai 1971

Naissance de la Société Astronomique du Havre

Malgré l’enthousiasme de l’équipe qui désire fonder un groupe local de la Société Astronomique Française, comme cela se fait dans de nombreuses régions, le président de la SAF, M. Kowalevski, se montre plus que réticent. Il se méfie de ce qui n’est peut-être qu’un feu de paille et ne donne pas suite. La SAH est donc indépendante mais calque ses statuts sur ceux de la SAF.

La Société Astronomique du Havre, ou SAH, est officiellement créée le 12 octobre 1971. La première assemblée générale se tient le 11 février 1972 à la Mairie annexe de Graville. La SAH compte déjà 35 membres, Daniel Chalons en étant le premier président, Raymond Durand vice-président, MM. Cauville et Moussay respectivement secrétaire et trésorier. Les autres membres du tout premier bureau sont MM. le pasteur de Visme (qui aura une importance cruciale par la suite), Pesson, Renault, Pringard, Marchand, de Mersseval et Langlois.

Diverses commissions sont créées :

  • connaissances fondamentales : animée par M. Renault, professeur de physique au lycée François 1er, dont l’objet est l’étude scientifique associée à l’astronomie ;
  • instruments : animée par M. Langlois, pour la construction d’instruments optiques ;
  • observations : animée par M. Pringard, pour l’observation des objets célestes
  • photographie : animée par MM. Durand et Doucet
  • astronautique : avec un sujet à la mode à cette époque, les OVNIs

Cette assemblée générale jette surtout les bases de ce qui sera le nouvel observatoire :

  • situé au nord-nord-est du Havre
  • à environ 15-20 km du centre du Havre (entre Le Fontenay – Rolleville – Manéglise, ou encore vers Fontaine-la -Mallet)
  • 100 m² au moins
  • équipé d’un télescope d’au moins 330 mm de diamètre, réalisé par les membres

La première manifestation publique organisée par la SAH sera une projection cinématographique le 21 avril 1972 au Petit Théatre du Havre, où 5 documentaires seront projetés. Le nombre de membres avait alors franchi les 40.

Le terrain à Saint-Martin-du-Bec

Sans moyens financiers, les premiers membres partent à la recherche de subventions. Tous les organismes sont contactés : mairies alentours, département, conseil régional, ministères, associations, entreprises… En attendant que l’argent rentre, ils commencent malgré tout à rassembler les idées et matériaux pour construire leur ambitieux programme.

Les entrevues avec les maires des villes environnantes sont des échecs : incompréhension, indifférence, peu d’intérêt, jamais une aide. Mais au fil de leurs recherches, ils font la connaissance de M. Freval de Coatparquet, directeur du centre Durand-Viel de l’Association des paralysés de France qui leur propose une parcelle de terrain de 200 m² au Hameau des Trois Rois à Saint-Martin-du-Bec. Le terrain appartient à l’Association Marguerite de Croixmare dont dépend le centre Durand-Viel. Un bail est rapidement signé le 29 juin 1973 pour une période de 19 années, au prix annuel symbolique d’un quintal de blé. Toutefois une servitude de voirie réduit la surface de 200 à … 81 m², une misère ! M. de Coatparquet et M. Rousselin, le cultivateur, acceptent alors d’agrandir la parcelle à 400 m².

Relevé topographique sur la parcelle

L’atelier

Le terrain trouvé, il faut un abri. L’aide du pasteur Jean de Visme alors vice-président de la SAH s’avère précieuse : pour 200 francs, il vend une baraque en bois d’origine américaine qui servait de chapelle. Cette chapelle appartient à l’église réformée de France et est installée au Havre, 38 rue de Frileuse. Avec ses dimensions généreuses (17 m x 6,50 m) la chapelle offre toute la surface nécessaire au club. En plus ce type de structure modulaire est facilement démontable et transportable.

Chapelle, rue de Frileuse

La société havraise SFTR prête un camion et, du 3 mars au 20 avril 1973, la chapelle est soigneusement démontée et transportée à Saint-Martin-du-Bec.

Arrivée des planches de la chapelle

La baraque est trop longue pour tenir sur le terrain, elle est réduite à 10 m. Ces travaux occupent pratiquement toute l’année 1973.

Implantation des murs

M. de Coetparquet, du Lion’s club, alloue une subvention de 3000 francs. Cet argent sert à financer les fondations du bâtiment. Pour l’installation de l’atelier, les membres de l’association auront déplacé 5 tonnes de charpente, creusé 25 m3 de terre remplacée par la même quantité de pierres et de béton, et consacré de nombreux week-end et vacances.

Montage des murs

Les coordonnées de l’observatoire sont désormais fixées… enfin en attendant que la coupole soit fabriquée, avec les matériaux laissés de la chapelle.

Latitude : 49° 36′ 25″ Nord
Longitude : 0° 12′ 45″ Est

L’atelier achevé

En attendant la fin de la construction, la jeune association se réunit tous les mercredi de 17h45 à 19h15 à la mairie annexe de Graville, rue de Verdun.

En 1974, le Ministère de l’Éducation nationale accorde une subvention de 4000 francs obtenue par l’entremise de M. Ruffenach alors membre du cabinet du ministre. L’année suivante c’est la Direction générale de la recherche scientifique et technique qui, sous l’impulsion de Michel d’Ornano, ministre de la Recherche scientifique, accorde une subvention de 30000 francs. Toutes ces subventions permettent l’acquisition d’un important outillage et d’accessoires optiques pour fabriquer le télescope, ainsi que le matériel d’un laboratoire photographique (et oui à cet époque on parlait d’émulsion d’argent et non de pixels).

Cette année, la toute nouvelle SAH participe au Salon de l’espace et de l’atome organisé au Havre. L’association et ses membres apportent leur matériel, et la liste fournie aux organisateurs montre :

  • un télescope azimutal de 160 mm, fabriqué par M. Chalons
  • un téléscope équatorial de 150 mm, fabriqué par M. Langlois
  • un télescope équatorial de 210 mm, fabriqué par M. Durand
  • une lunette équatoriale de 50 mm fabriquée par son propriétaire
  • un télescope 114 mm JPM
  • une lunette équatoriale 60 mm Galaxie
  • une lunette azimutale 110 mm Secretan (de 1910)
  • un astrographe de 180 mm en cours de fabrication
  • des miroirs de 160, 210 et 410 mm en cours de fabrication, avec leurs outils
  • une maquette des futurs télescope 410 mm et sa coupole de 5 m

L’année 1975 est consacrée à l’aménagement du local : alimentation électrique, plomberie, sanitaires, labo photo…

L’observatoire

1976, l’année de la canicule a été propice à l’échauffement cogital. De ces séances de réflexion, après l’analyse approfondie de différents types de construction, la conception de l’observatoire est arrêté. Il s’agira d’un observatoire à coupole dôme, réalisé avec les surplus de la chapelle de la rue de Frileuse, et des éléments en fibre de verre qui seront fabriqués par les membres du club.

La construction de l’observatoire fait l’objet d’un article à part entière.

La coupole et l’atelier

La coupole n’est pas terminée que les premières soirées d’observation se tiennent sur le site. En 1978, 35 soirées sont organisée dont une avec le comité d’entreprise de la Régie Renault pour les Journées de l’astronomie. En 1979 c’est au comité d’entreprise Ato-Chimie que sont exposées les photos prises par le club.

Le télescope T400

En 1980 commence le chantier du télescope, un Newton de 410 mm dont le miroir est taillé par les membres. Cette année est aussi marquée par une subvention substantielle du Conseil général de Seine Maritime qui permet d’acquérir un important matériel :

  • une chambre Schmidt-Cassegrain de 200 mm, de marque Célestron
  • des oculaires et du matériel photographique (argentique)
  • des livres techniques pour la bibliothèque

Les travaux se poursuivent tant sur la coupole que sur le télescope entre 1981 et 1982. Un premier test du télescope (non aluminé) permet de mettre la touche finale sur les réglages de la monture équatoriale et son moteur de suivi. Les observations avec le matériel des membres continuent et la SAH participe à des manifestations locales, à Caucriauville, Montivilliers…

Le 20 juillet 1982 tout le monde est au rendez-vous de l’éclipse partielle du Soleil.

Le miroir du T400 revient aluminé début 1984. Sa première cible visuelle est la Lune le 13 février. La première véritable observation de la SAH est le passage de la comète de Haley en 1985. Elle couronne près de 10 ans de travail acharné.

Les années 1980-1990

Depuis 1985, les améliorations se poursuivent que ce soit dans la coupole, sur le télescope, dans le local ou le terrain. Un ordinateur Oric « Atmos » est dédié à traiter et exploiter les mesures effectuées au Foucault-mètre. Les membres taillent leurs miroirs. Les premières photos du ciel – en argentique – montrent aux membres que l’argentique n’est pas si simple ! Le ciel havrais est malgré tout très lumineux, les temps de poses sont donc réduits. Le développement et le tirage nécessitent une solide expérience.

En 1986, des chambres photographiques sont fabriquées pour le T400 et une lunette de 110 mm. La SAH présente la comète de Haley lors d’une conférence au Muséum d’histoire naturelle du Havre. Pierre Bourge, fondateur de l’Association française d’astronomie vient rendre visite à l’observatoire de Saint-Martin-du-Bec.

Le parc informatique s’agrandit en 1987 par le don d’un Sinclair QL. En 1988 de nombreux petits chantiers sont maîtrisés : collimation du T400, réglage du chercheur, modification des chambres photographiques, renforcement de la coupole, aménagement interne et externe de l’atelier. Les membres poursuivent la taille de leurs miroirs. Toutes les installations sont prêtes pour observer les fantastiques éruptions solaires de 1989. Un local informatique est installé.

Les événements astronomiques offrent tous l’occasion d’organiser des séances d’observations publiques sur le site de l’observatoire. Par exemple l’éclipse totale du Soleil le 11 août 1999, l’observatoire a l’énorme avantage de se trouver quasiment sur la ligne de centralité de l’éclipse. Mais comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, les nuages étaient aussi au rendez-vous…

11 août 1999 – préparation pour l’éclipse du Soleil

Aujourd’hui

Depuis, les membres se réunissent et accueillent le public à l’observatoire de Saint-Martin-du-Bec tous les samedis après-midi. Des nouvelles réalisations voient le jour, comme l’installation d’un nouveau poste d’observation dans un abri roulant, la rénovation complète de la coupole entre 2010 et 2011, la motorisation de la coupole, l’acquisition d’une caméra CCD haute définition. En 2018, la coupole est automatisée, elle tourne alors de concert avec le télescope, il n’est plus nécessaire de la faire pivoter à la main toutes les 20 minutes

Entre 2020 et 2022, c’est au tour de l’atelier de subir un sérieux lifting, malgré le passage du virus Covid-19. Tout d’abord un gros ménage pour le rendre plus convivial, l’installation d’un éclairage rouge pour ne plus perturber la vision nocturne, et enfin le remplacement des fenêtres et volets obsolètes et l’installation d’un beau bardage tout neuf.

Réfection du bardage de l’atelier

Activités de la SAH

Les membres de la Société Astronomique du Havre accueillent le public gratuitement tous les samedis après-midi de 15h à 17h environ. Si la météo le permet, vous pourrez alors observer le Soleil en toute sécurité, ou encore les planètes (Vénus, Jupiter, Saturne) ou la Lune si elles sont visibles dans le ciel.

Protubérance du 28 août 2022, photo de Jimmy76 (avec un smartphone sur le télescope du club)

Le public est aussi bienvenu les soirs d’observations. Pour savoir si nous sommes présents un soir, il faut déjà que les conditions météo soient propices (pas de brume, pas de nuages), que la Lune n’éclaire pas trop, et que des membres soient évidemment présents (nous sommes bénévoles et amateurs, pas des professionnels de l’accueil du public). Le mieux est donc de regarder sur le forum des soirées si du monde sera présent.

Notez qu’il n’est pas possible de prévoir une soirée plus de 24h-48h à l’avance – la météo varie trop.

L’association participe ou organise des manifestations locales (Nuits des Étoiles, Fête de la science, salons et expositions dans les villes alentour…) et accueille avec plaisir les classes des écoles primaires, des collèges et lycées voisins, etc. Nous pouvons aussi nous déplacer sous certaines conditions.

N’hésitez pas à nous contacter.