L’observatoire temporaire d’Urbain Leverrier

Urbain Leverrier est le directeur de l’Observatoire impérial de Paris. Cet homme autoritaire, régnait en despote sur ses employés. Il jouissait cependant d’une situation prestigieuse, notamment parce qu’il était l’homme qui avait déterminé par le calcul et ainsi découvert, la nouvelle planète Neptune.

Leverrier utilise une méthode moderne pour déterminer avec précision l’écart angulaire des longitudes d’une station avec l’observatoire de Paris. Les deux points sont reliés par un télégraphe électrique qui permet de synchroniser les horloges des deux sites. Il a ainsi l’assurance d’observer la même chose au même moment ou de connaître avec exactitude l’écart de temps qui sépare le passage d’une étoile au méridien aux deux points d’observation.

Il utilise cette méthode en novembre 1861 puis en été 1862 pour mesurer la longitude du Havre. Ses mesures de 1861 rapportent la longitude au droit de la station de l’observatoire de M. Collas. Mais la discorde ayant gonflé entre les deux personnages, il revient en avril 1862 pour translater la mesure sur la flèche de la cathédrale Notre Dame. Il ne mentionne pas l’observatoire de Collas qui est réduit à une simple station un peu à l’ouest, sur le port.

La deuxième campagne de mesure s’effectue depuis un nouvel observatoire temporaire installé par l’ingénieur Bellot sur la même méridienne que le clocher de l’église Notre Dame, à 1400 m au nord, à la côte d’Ingouville sur un mur de soutènement très solide appartenant à la maison de M. [John] Punnett, armateur havrais qui gérait une ligne de paquebots entre Le Havre et New York. La maison se trouvait au 41, rue de la Côte (aujourd’hui rue Félix Faure et c’est le lycée Claude Monnet qui occupe le terrain), la terrasse de l’autre côté en contrebas de la rue, sur la rue Escarpée.

Leverrier récupère la lunette méridienne avec laquelle il avait fait les mesures lors de la première campagne. Cette lunette appartenait au Dépôt de la Guerre et avait été prêtée à M. Collas le temps qu’il s’équipe.

Pour marquer l’emplacement du méridien, il fait poser en sa présence par M. Goëlo, conducteur des Ponts et Chaussées, une plaque de marbre noir, fixée au moyen de 4 vis en bronze sur des briques en bois de chêne préalablement scellées au ciment de Portland dans le mur de la terrasse de M. Punnett.

La terrasse ainsi que la plaque de marbre ont maintenant disparu.

L’avènement de la télégraphie sans fil 40 ans plus tard a eu raison de ces observatoires nautiques, une simple transmission radio suffisant désormais à synchroniser les horloges des navires, même en pleine mer.